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Cette petite heure improvisée chez Jacob fut sûrement la plus poétique de mon passage d’hiver à New York. C’était un de ces moments rares, calmes et suspendus dont on sait, à l’instant même où on le vit, qu’on en gardera longtemps le souvenir. Je n’avais jamais été à Harlem et je garderai d’autant plus en mémoire cette première visite qu’elle eut lieu le 25 décembre.

Nous avons traîné longtemps à l’hôtel ce matin-là, en dégustant assis sur nos lits et sur une table de fortune un empilement de pancakes noyés sous le sirop d’érable. Le temps de sortir de notre cocon et d’arriver à Harlem, les messes teintées de gospel avaient déjà été dites. Les rues sont plus larges qu’on ne l’imagine et les façades d’église sont souvent dénuées de style : le charme d’une autre époque aux petits moyens. Ces grandes rues étaient vides, silencieuses, chose suffisamment rare à Manhattan pour le remarquer. Un jour de Noël dans un désert citadin. Le vent n’avait aucun frein, se faisait maître de parcourir à loisir ces avenues parallèles. A croire que le quartier entier avait quitté la ville. C’est sûrement le seul jour de l’année pour découvrir ainsi un lieu : tout ce qui anime habituellement le faubourg s’est alors échappé, il ne reste que la brique et la pierre, des façades qui se tiennent avec beauté pour vous seul, un décor dont vous êtes l’unique acteur. Bien sûr, la réalité vous échappe, il faudrait revenir un autre jour – n’importe lequel – mais on touche à quelque chose de rare, de beau, dans sa nudité. Remonter les époques et s’en remettre aux clichés devient alors peut-être plus aisé : on s’invente des scènes de prohibition, des nuits de jazz et des enfants afro-américains qui jouent devant les résidences. On y est.

Jacob est plus un salad bar qu’un restaurant. C’est un concept fréquent à New York que j’aimerais retrouver à Paris. De grands buffets frais proposent plats chauds et froids, salades, légumes, fruits… On se sert à sa guise et on paye raisonnablement au poids. L’été, c’est un plan très sympa pour déjeuner sur l’herbe, à Central Park ou dans n’importe quel square. Et l’hiver, il y a ici quelques tables pour s’installer avec sa barquette de soul food. Mais surtout, tous les dimanches chez Jacob, il y a aussi de la nourriture pour l’âme : un concert las et authentique de soul music. Ainsi, lors de notre en-cas, au fond de cette salle kitchissime parée de guirlandes, une mama bien assise donnait de la voix avec autour d’elle des musiciens tranquilles et habitués. Une voix dingue, chaude et raillée, un chant sans effort. Une sacrée bande sonore… A cet instant, je ne rêvais pas mieux que d’être là, au milieu des gens du quartier, à les écouter, à les regarder, à me réchauffer dans ce foyer éveillé d’un dimanche après-midi que le calendrier avait mis entre parenthèses…

 

Jacob Restaurant

373 Lenox Avenue (corner of 129th and Lenox), New York, NY 10027

Tél.: 212 866 3663

www.jacobrestaurant.com

 

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